Point d’interrogation 2010

Il y a 10 ans, la commune de Meyrin mettait un jardin à disposition de l’association Jardin des disparus pour devenir un lieu de mémoire en l’honneur des personnes disparues.Lors de la création de ce jardin dans le parc de la Golette en 2000, un aménagement simple a été réalisé. Aujourd’hui la Commune et l’Association du Jardin des disparus (AJDD) considèrent qu’étant donné la reconnaissance acquise par ce jardin, il est nécessaire de repenser son aménagement de manière à ce qu’il soit mieux adapté à sa mission et à sa fonction. En effet, depuis sa création, le jardin a été le théâtre de nombreuses cérémonies et a été visité par des personnalités de différents pays lors de leur passage à Genève.D’entente avec l’Association du Jardin des disparus, le Fonds d’art contemporain de la Commune de Meyrin a invité huit artistes à penser l’aménagement de ce jardin.Un cahier des charges a été établi définissant les intentions et les contraintes et une visite sur place en présence de représentants de l’association a été organisée. Suite à cela, les artistes ont eu 4 mois pour présenter leur projet.Le jury composé de deux représentants de l’AJDD, des membres du Fonds d’art contemporain de Meyrin et de chefs de service de l’administration communale s’est longuement réuni pour consulter les 8 projets.

Le projet de Madame Anne Blanchet a été choisi à l’unanimité du jury au troisième tour. Il a par sa simplicité et par la lisibilité de son message, conquis tous les suffrages. Ce projet consiste en un grand point d’interrogation dessiné sur l’herbe du jardin, point d’interrogation qui deviendra un banc public.Les membres jury ayant été fortement impressionnés par la qualité des travaux et par l’investissement personnel qu’a fait preuve chaque artiste, il a été décidé de permettre au public de voir ces 8 projets lors d'une exposition qui a eu lieu en mars 2010.

 

L'installation de Madame Blanchet a été inaugurée à l'accasion du Xème anniversaire de l'Association du Jardin des disparus en octobre 2010.La disparition provoque d’innombrables interrogations : sur la vie, la mort, la justice, sur les possibilités et les moyens d’action. L’absence de réponse, l’incertitude et le doute m’ont amenée à marquer dans la terre cette interrogation. ?Ce signe est utilisé dans d’innombrables langues. Pour nous, il vient du latin ( il serait la représentation graphique du mot qo dérivé du nom quaestio), mais il se retrouve en chinois, en japonais, en coréen, en arabe, parfois tourné dans un sens ou dans l’autre.

 

POINT D’INTERROGATION.

Longueur : 32 m 30

Largeur : 14 m 10

Largeur du muret 0.30 m

Hauteur du muret: entre 40 et 0 cm

Diamètre de la plaque : 2 m

Matériau : béton extra blanc, avec granulat de marbre grec, surface mate et poudreuse.

 

Le POINT D’INTERROGATION constitue un décalage dans la pente du parc. Cette coupure dans la planéité est pour moi comme la plaie jamais fermée de la disparition. Cassure, faille.  Un immense cri, venu de loin, soulève la terre et la brise au moment où le point d’interrogation s’enfonce dans la terre, comme les questions qui ne seront jamais tues et auxquelles il faudra bien répondre un jour. L’espace circulaire offre un lieu pour se rassembler, se réconforter, se recueillir, garder espoir. On peut y retrouver la mémoire des disparus au-delà de l’absence. C’est un lieu dans lequel on peut se sentir protégé. Lors de manifestations, il constituera une sorte de théâtre pour les orateurs et les musiciens. Mais cette forme circulaire n’est pas refermée sur elle-même, elle est ouverte et s’élance vers le monde : elle incite à débattre et à se tourner vers l’extérieur, vers l’action. Revendiquer est un geste fort. Il se manifeste ici graphiquement par le point. Comme on frappe sur le papier pour apposer le point de l’interrogation, on exige une reconnaissance des faits, une explication, on veut que  VERITE ET JUSTICE soient faites. Je n’ai pas voulu d’une intervention en hauteur. Il ne s’agit pas d’exacerber les émotions, mais de leur donner un lieu pour se dire. La perception de cette installation, son inscription dans l’herbe est nette, mais sans violence. Rien n’est fermé et la faille s’amenuise jusqu’à disparaître.

 

Anne Blanchet, Genève, octobre 2010